« Education nationale : changer le logiciel | Page d'accueil | Comparatif des propositions des motions d'éducation »

23.09.2005

Libération : Sortir du simple «Vive les profs!»

Dans Libération du vendredi 16 septembre 2005
Sortir du simple «Vive les profs!»
Par Paul QUINIO


A l'approche du conseil national du PS qui doit lancer, demain, la phase finale du congrès du Mans, du 18 au 20 novembre, Libération passe en revue les idées des socialistes.

c'est un coup de gueule contre «une frilosité de mauvais aloi». Contre l'écart entre le discours du PS censé placer «l'éducation au coeur de son projet» et l'absence de «crédibilité de cet affichage». C'est signé Pierre Frackowiack, inspecteur de l'Education nationale et membre du PS. «La traduction des slogans en propositions concrètes, nouvelles, résolument distinctes des politiques de droite ne franchit que rarement le seuil de la banalité», écrit ce spécialiste qui a lu la prose préparatoire au congrès. Priorité à l'éducation donc, voire au développement des politiques en faveur de la petite enfance, des zones d'éducation prioritaire (lire page 4) ou de l'enseignement supérieur. Mais rien ou presque sur «l'évolution des missions des enseignants», dénonce-t-il.

Vieux sujet, vaste chantier, soupirent d'avance les nombreux spécialistes de l'école du PS. Il est en tout cas au coeur d'une équation délicate. Politiquement, c'est la question du rapport entre les enseignants et le PS cinq ans après le magistère de Claude Allègre, ministre bulldozer de Jospin. Pédagogiquement, la redéfinition du métier d'enseignant est un des noeuds du malaise qui secoue une profession confrontée à la montée des inégalités, à l'hétérogénéité des élèves et à la diversification des savoirs. Mais le sujet est aussi au coeur de verrous, disciplinaires ou syndicaux. «Persuadé de la persistance du traumatisme qu'aurait produit Allègre, soucieux de récupérer des voix», le PS «s'efforce de rassurer les enseignants. (...) Cela ne suffira pas pour redonner du souffle au système», prévient Frackowiack.

Difficile de lui donner tort sur l'unanimité du PS à se contenter de crier «Vive les profs !». «On ne leur dit jamais assez merci», estime Jack Lang, le successeur d'Allègre. «Rien ne se fera sans les enseignants. Il faut rompre avec le discours humiliant de Luc Ferry», abonde Yves Durand, député du Nord chargé des questions d'éducation auprès de François Hollande. Cette leçon tirée de l'expérience Allègre a un inconvénient : elle favorise le statu quo. «Mais on ne pourra pas négocier une redéfinition du service des enseignants s'il ne règne pas un climat de confiance, argumente l'entourage de Fabius. Le travail en équipe, par exemple, ne se décrète pas.» «On ne posera pas de questions lourdes comme celle du temps scolaire ou du temps d'enseignement dans un processus de défiance», dit aussi Vincent Peillon, le leader du NPS. Travail en équipe, temps d'enseignement : les socialistes s'entendent pour pointer ces deux axes de réforme du métier d'enseignant. «Il faut que les enseignants puissent vivre dans les établissements scolaires, dit-on chez Fabius. Il faut qu'ils puissent s'impliquer davantage dans l'accompagnement» des élèves.

Revaloriser la condition des profs, plus qu'une question de salaire comme dans les années 80, consisterait, selon Yves Durand, à «leur donner le temps de faire leur métier, pour travailler en équipe, suivre individuellement les élèves». Les plus audacieux imaginent de pouvoir proposer au collège la fin du dogme dix disciplines, dix enseignants. D'autres suggèrent de modifier le temps de service en fonction de la zone d'enseignement. Concrètement, un prof certifié d'histoire pourrait, dans une zone difficile, avoir moins d'heures de classe qu'à Neuilly. Les socialistes fourmilleraient d'idées audacieuses. Et tous se disent certains que «les profs sont non seulement prêts à les entendre, mais le demandent».

Il n'y aurait donc pas de raison de se montrer si frileux.

Les commentaires sont fermés.